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chapitre 1:

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Lorsque la guilde des Assassins était à son apogée, sa richesse sans pareil et ses contrats remplis par centaines, les plus grandes villes de l’Union perdaient chaque jour par centaines des commerçants, gardes, seigneurs…

Ces actes détruisant littéralement le commerce intérieur de l’Union, celle-ci prit en charge de former, en plus des gardes standards des villes, le FEDUAM : Forces d’Enquête De l’Union sur les Assassinats et Meurtres. Ces membres, surentraînés, ne laissant échapper aucun meurtrier, aucun malandrin, amenèrent plus de la moitié de la guilde des Assassins à se faire exécuter, ne laissant que les meilleurs en liberté, avec un chalenge à leur niveau. Finalement, quand j’y réfléchis, cet événement est la meilleure chose qui nous soit arrivée, un tri sélectif pour remettre la guilde à niveau.

Alistrasz, Lame Incarnée.

Il essuya à l’aide d’un pan de tissu qu’il gardait à cet usage, sa dague, dont la lame, longue de vingt centimètres et large de trois au niveau de la garde à peine présente, était couverte d’une légère couche de sang. Approchant son nez du chiffon, il huma l’odeur déstabilisante du liquide rouge. Déstabilisante pour une personne inhabituée à ce qui était non seulement son gagne-pain, mais aussi ce qui lui apportait une sorte de satisfaction personnelle.

Ce plaisir hors du commun et son agilité prodigieuse l’avaient amené à rencontrer certaines personnes fortunées et avides de vengeance, ce qui plus tard l’avait mené sur la voie peu recommandable des Assassins, faisant de lui par la même occasion, en un peu moins de quatre ans, un maître respecté de la guilde qui arpentait cette voie, ce qui prouvait qu’il était doué en la matière car quinze ans était habituellement nécessaires afin d’atteindre ce rang pour les meilleurs Assassins, et lui en avait exactement dix-sept. En effet il avait toujours été précoce, mais pas de la même façon que les autres : il l’était au niveau de ses plaisirs et non pas au niveau de son intelligence, ce qui ne l’empêchait pas d’être plus malin que les autres…

Ce parfum lui tira un sourire comblé et, en fermant les yeux, il sentit ainsi le chiffon de façon inaudible mais vigoureuse durant quelques minutes, qu’il mit à profit pour se concentrer sur la situation. Il avait en effet, depuis son premier meurtre, toujours eut plus de facilité à se concentrer sur un moyen de disparaître sans laisser de trace en humant cette odeur de sang. Et ce parce que lors de ce meurtre, il s’était caché sous un tas de draps imbibés du sang de sa victime, et qu’il avait mis au point un plan d’évasion adapté à la situation : hors du commun.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, Nélion se résuma la situation : Bergad, seigneur commerçant, lui avait offert cent vingt pièces d’or pour le retrait de son plus grand concurrent dans les affaires commerciales. Peu importait la technique utilisée, même si il se doutait bien de ce qui suivrait sa demande.

S’étant infiltré sans souci dans la villa du chef commerçant Siffron, il avait été étonné de découvrir la porte de la chambre à coucher non fermée à clé, sans aucun garde personnel pour assurer sa sécurité. L’assassin n’avait eu qu’à s’approcher sans bruit du dormeur, tassé, courtaud et possesseur d’un menton aux multiples bourrelets, cachant son cou dans une pyramide de graisse. Le jeune Assassin se préparait à percer cet amas de graisse jusqu’à l’artère, afin de l’égorger sans retenue mais avec assez de discrétion pour que personne ne le remarque immédiatement. Ceci fait, il n’aurait dû avoir qu’à partir en gardant sa présence secrète…Seulement, un grud chien ayant la particularité de posséder une tentacule dorsale lui permettant à la fois de respirer extrêmement discrètement et d’amplifier ses aboiements était couché sur un fauteuil en osier dans le coin de la chambre. En entendant le son chuintant du geste mortel, il avait commencé à remplir son devoir : aboyer si fort que tout le voisinage n’ignore plus l’infiltration, et que les gardes, reconnaissant le bruit, accourent en vitesse. Cette situation ne lui laissant aucun autre choix que de se cacher rapidement dans un ridicule placard du couloir menant à la chambre. Ne voulant en aucun cas être retrouvé, il avait pris la précaution de tuer l’animal à l’aide d’un dard (simple pointe d’acier ou de bois longue de dix centimètres, uniquement destiné à être planté dans l’ennemi) qu’il avait envoyé droit dans la gueule de l’animal en furie.

Cela faisait maintenant deux heures que les gardes s’agitaient dans la villa, passant sans cesse devant le ridicule placard sans y faire attention. La porte de celui-ci ne laissant en aucun cas imaginer la possibilité qu’un homme s’y cache, elle dissimulait en fait un petit lieu sûrement présent pour ranger les tapis, vu sa profondeur de deux mètres qui laissait la place à Nélion de s’installer confortablement. Il étira ses jambes, ayant somnolé en réfléchissant à la situation inattendue, mais se rendit vite compte qu’il devait se dépêcher et qu’il ne pouvait rester sur place éternellement : dans environ trois heures le soleil se lèverait et le Feduam débarquerait. A partir de ce moment il n’aurait plus aucune chance de s’en sortir et serait torturé jusqu’à ce qu’il dénonce son employeur ou qu’il rende son dernier souffle.

Il n’était pas question que cela arrive.

Il lui fallait absolument sortir.

Plus motivé que jamais à sortir d’ici il tendit l’oreille vers le couloir. Un homme en armure passa en courant jusqu’à la chambre et repartit par le même chemin avec empressement, Nélion supposa que l’homme était allé chercher quelque chose, mais cela n’avait aucune importance. Il dirigea son attention vers les bruits extérieurs de sa cachette, essayant d’entendre le moindre son ayant pu lui échapper. Son sens de l’ouïe aiguisé par le temps, il perçu le sifflant son d’un insecte volant à proximité du placard, il en fut étonné et se demanda pourquoi plus personne ne restait dans la demeure. Il sortit d’un minuscule repli une fine boîte ronde de moins d’un centimètre de diamètre et épaisse d’un demi dont il ôta le couvercle. Il ramassa un poil traînant au sol, priant le ciel qu’il appartienne à un homme, et l’enfonça dans l’espèce de gelée contenue dans la boîte. Le poil se dissout, Nélion en racla alors une faible quantité qu’il s’enduit sur le visage. En quelques secondes ce dernier devint méconnaissable : le nez s’était allongé, ses yeux avaient pris une couleur brune et des rides envahissaient désormais son visage. Tâtant son visage il se dit que la chance lui avait tout de même sourit.

Il se surprit à repenser au jour ou il s’était retrouvé avec une truffe et d’innombrables poils sur la peau.

Mais aucune précaution n’était négligeable.

Il décida qu’il avait assez perdu de temps et entrouvrit la porte de quelques millimètres. Il ne vit en effet qu’une grosse mouche grise et après s’être assuré qu’il ne craignait rien, il se fit glisser sur le carrelage et se releva doucement, avec toute la discrétion dont il était capable. Cette incapacité des gardes à chercher correctement lui tira un sourire.

La mouche le fixait.

Nélion observant le lieu déduit des différents matériaux que la chambre était une pièce qui avait été construite bien plus tard après le reste du bâtiment, avec le couloir alors nécessaire à l’accessibilité de la chambre, et les architectes voulant offrir à ce lieu la lumière du soleil tout au long de la journée – ou presque – avaient fait placer une fenêtre sur chacun des deux murs.

Bénissant ces architectes, il entreprit d’ouvrir celle menant à l’arrière de la villa, lorsqu’il surprit dans son dos une soudaine respiration naissante. La mouche avait laissé place à un homme simplement habillé d’un pantalon et d’une chemise de tissu, certes de bonne qualité mais rien ne le présentant comme un combattant de taille à l’arrêter s’il tentait de fuir… ou de le tuer.

Le cœur de Nélion se mit à battre à une vitesse folle et le désespoir naquit sur son visage. L’homme était habillé de façon simple, seulement, la ceinture qu’il portait autour de la taille changeait toute la situation.

Une ceinture qui distinguait les membres du Feduam des autres personnes.

Une ceinture qui annonçait son emprisonnement, son jugement, sa sentence…

Maudissant son manque de concentration, il plia le poignet vers l’extérieur afin qu’un dard de métal large comme l’index apparaisse en sortant de sa manche. L’Assassin ferma le poignet pour placer ces doigts autour de l’arme et, avec une rapidité époustouflante, se baissa et remonta vivement son poing faisant fuser son dard sous la mâchoire de son adversaire, qui s’était précédemment trouvé à moins d’un mètre de lui. Une seconde plus tôt le coup l’aurait tué mais Nélion n’avait pas eu cette chance.

L’Indice, puisque tel était son grade, s’était décalé sans que Nélion ne puisse le voir. Et lorsque ce dernier s’était relevé dans son élan meurtrier, l’homme lui avait déjà lancé de la poudre somnifère au visage, ne laissant à son adversaire que le temps de se retourner, avant de tomber aussi brusquement qu’il s’était relevé, endormi, à terre, entre les mains de l’inconnu, à la merci du Feduam…

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